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Rentrée : rêver un enseignement de qualité pour la Communauté française (FWB)

Rentrée : rêver un enseignement de qualité pour la Communauté française (FWB)

24.08.2026

Chaque rentrée scolaire ramène son lot de bonnes résolutions et son lot de constats amers. Cette année n'échappe pas à la règle, et le constat mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est à première vue paradoxal.

Un paradoxe qui dérange

Non, notre enseignement n'est pas sous-financé. Comparée aux autres pays de l'OCDE, la Belgique dépense pour ses élèves des montants qui la situent parmi les pays les plus généreux : environ 15 000 dollars par élève et par an, contre une moyenne OCDE d'environ 12 000 dollars, et 5,6 % du PIB consacrés à l'enseignement contre 4,4 % en moyenne dans l'OCDE. Sur toute une scolarité obligatoire, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros par enfant. Bref, l'argent est là, ou en tout cas il n'y en a pas moins qu'ailleurs.

Et pourtant. La dernière enquête PISA, publiée fin 2023 pour la session 2022, confirme ce que l'on sait depuis longtemps : les résultats des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles (l'enquête porte spécifiquement sur notre Fédération, pas sur la Flandre ni sur la Communauté germanophone) reculent. En mathématiques, la chute entre 2018 et 2022 est inédite. En lecture, la baisse atteint une vingtaine de points sur la dernière décennie, un recul comparable à celui de l'ensemble de l'OCDE mais qui s'ajoute à un retard structurel : depuis les tout premiers cycles PISA, au début des années 2000, la Fédération Wallonie-Bruxelles accuse un net décrochage par rapport à la Communauté flamande, à moyens comparables. Ce n'est donc pas un accident conjoncturel lié au Covid, même si la pandémie a clairement aggravé les choses : c'est une tendance de fond, qui dure depuis au moins deux décennies.

Beaucoup d'argent, des résultats qui se dégradent depuis vingt ans : comment expliquer ce contraste, et surtout, que faire pour donner un vrai coup de fouet qualitatif à notre enseignement ?

Deux pistes, deux utopies ?

À titre personnel, je plaiderais pour deux réformes. Toutes deux relèvent malheureusement de l'utopie.

La première, c'est la suppression des réseaux. Avoir un réseau libre, en réalité très majoritairement catholique, intégralement subventionné par l'État au même titre que le réseau officiel – lui-même multiple-, est une singularité belge que peu de pays européens partagent. Elle trouve son origine dans le Pacte scolaire de 1958, ce compromis historique qui a mis fin à la seconde guerre scolaire en garantissant le libre choix des familles et le financement public des deux filières. Compromis nécessaire à l'époque, sans doute. Mais soixante-sept ans plus tard, le gaspillage de moyens qu'entraînent l'existence, la gestion et l'administration parallèles de plusieurs réseaux est considérable : ce sont des directions générales, des inspections, des structures de pilotage et de gestion qui se dédoublent, voire se triplent, au lieu de se concentrer sur une seule administration au service des écoles. Ce sont, en creux, des moyens qui n'atteignent jamais les élèves et qui, ajoutés au pot commun, feraient réellement grimper la dotation moyenne par enfant. Le sujet reste pourtant un angle mort absolu du débat public : il suffit de constater qu'aucun mouvement de grève dans l'enseignement, aussi dur soit-il, n'a jamais porté la moindre revendication sur l'organisation en réseaux. Tout le monde s'accommode du problème, ou plutôt tout le monde le balaie sous le tapis.

La seconde piste, c'est le bilinguisme. Un enseignement réellement adapté à notre environnement institutionnel gagnerait à être davantage organisé sur un mode bilingue, via l'apprentissage précoce d'une seconde langue selon les principes de l'immersion ou de l'enseignement de type CLIL (l'apprentissage de matières non linguistiques dans une autre langue). Les bénéfices de ce type de pédagogie chez les jeunes enfants sont largement documentés : plasticité cognitive, aisance dans l'apprentissage d'autres langues par la suite, ouverture culturelle. Or, en Fédération Wallonie-Bruxelles, l'immersion reste le parent pauvre du système. En mars 2024, des États généraux de l'enseignement en immersion ont pourtant débouché sur plusieurs recommandations concrètes présentées au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles : traduction des référentiels, possibilité de présenter les épreuves certificatives dans la langue d'immersion, attestation officielle du parcours suivi, cellule administrative dédiée, renforcement de la formation initiale des enseignants, valorisation des professeurs de langues, sensibilisation du public. Deux ans plus tard, la mise en œuvre de ces recommandations reste, au mieux, très partielle. C'est d'autant plus regrettable que le bilinguisme joue, dans notre pays plus qu'ailleurs, un rôle d'ascenseur social : la maîtrise du néerlandais ouvre des portes sur le marché de l'emploi que la seule maîtrise du français n'ouvre pas, et cet avantage profite aujourd'hui d'abord aux familles qui peuvent se le payer en dehors de l'école. En généraliser l'accès via l'école publique serait un des leviers d'équité les plus puissants dont on dispose.

Il est permis d'espérer

Voilà donc deux réformes de bon sens, structurellement à portée de main, et pourtant deux utopies : la suppression des réseaux se heurte à des intérêts et à des habitudes historiques que personne, à commencer par les organisations syndicales et les partis eux-mêmes, ne semble prêt à affronter ; l'immersion généralisée se heurte à l'inertie administrative et au manque de volonté politique de traduire des recommandations votées en actes. Il y a pourtant là, l'un comme l'autre, une vraie carte à jouer pour la qualité de notre enseignement.

Alors, oui, c'est utopique sur les deux volets. Mais comme le dit Carmen à Escamillo, dans cette réplique parlée du deuxième acte: « Il n'est pas défendu d'attendre, et il est toujours agréable d'espérer. » Bonne rentrée à toutes et à tous.

Texte formellement amélioré/corrigé à l'aide de l'IA

Sources consultées:

https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2022-results-volume-i_53f23881-en/full-report/executive-summary_077a9867.html

https://gpseducation.oecd.org/CountryProfile?primaryCountry=BEL&treshold=10&topic=PI

https://gpseducation.oecd.org/Content/EAGCountryNotes/EAG2023_CN_BEL_pdf.pdf

La dépense publique par élève en Belgique reste l’une des plus élevées de l’OCDE
Les salaires des enseignants y demeurent supérieurs à la moyenne, confirme un rapport.
Le pacte scolaire
Loi du 29 mai 1959 Loi modifiant certaines dispositions de la législation de l’enseignement Le pacte scolaire est un accord concernant l’éducation en Belgique. Il sera négocié par les principaux partis politiques de l’époque pour être finalement ratifié en 1959 par le gouvernement belge. Cet accord permettra de mettre fin à ce qu’on appelait, la deuxième guerre scolaire.
Deuxième guerre scolaire — Wikipédia

https://trends.knack.be/nieuws/macro-economie-beleid/els-consuegra-vub-tweetalig-onderwijs-vanaf-de-creche-in-heel-belgie-geen-slecht-idee/?cel_hash=24b42cdd25d6ff45220504a1e9b638bb9c787e00&chts=1787333181&utm_source=brandsite&utm_medium=blueconic&utm_campaign=tr_mrkt_agiftofknowledge&utm_term=facebook&utm_content=abo_sidebar&fbclid=IwY2xjawT4OZZwZG9mBWV4dG4DYWVtAjExAGJyaWQRMXRSc0tLZFRRTnhJeVlmZXhzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEejZ2cEZkaAWfCYNNXHfegNH5iSWGgl7pyVbc_vMjIAQ8dmncOnyzX1hT6QTM_aem_GtCEI5SjKYnAgctMYYqbEQ

Sous-commission de l’Éducation sur les états généraux de l’immersion - Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles / Communauté française

https://archive.pfwb.be/1000000020d80fb

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