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Populisme élitiste ? La critique est justement salutaire pour une démocratie

Populisme élitiste ? La critique est justement salutaire pour une démocratie

28.03.2024

(Traduction libre d'une contribution publiée dans De Tijd le 28 mars 2024)

Dans un contribution externe remarquable publiée dans De Tijd Jeroen Overmeer affirme que le « populisme élitiste » constitue un danger pour la démocratie. Il s’agirait d’un phénomène dans lequel les faiseurs d’opinion dépeignent « à tout bout de champ » les politiciens comme des « incompétents, des profiteurs ou des narcissiques égocentriques ».

Ce faisant, l’auteur de cet éditorial s’engage lui-même sur une voie particulièrement dangereuse : celle de la rhétorique anti-establishment. Le choix des mots n’est pas anodin dans ce contexte. Les intellectuels, qui ont acquis une expertise au fil des ans, sont réduits au simple terme commode d’« élite ». La critique émanant de cette soi-disant « élite » est ensuite qualifiée de nouvelle forme de populisme. Une telle étiquette permet de faire taire toute forme de critique à l’égard de la politique sans avoir à mener un débat de fond.

Qui est l’élite ?

Overmeer définit l’élite comme « les éditorialistes, les chefs d’entreprise, les professeurs, les représentants d’organisations de la société civile, les faiseurs d’opinion de toutes sortes » ou un groupe de personnes ayant « davantage d’influence sur la société dans son ensemble ». Il peut paraître surprenant que les politiciens ne soient pas considérés comme faisant partie de l’élite. Ceux qui font de la politique n’appartiennent apparemment pas à l’élite, tandis que ceux qui critiquent la politique en font apparemment partie.

Avec une approche aussi peu nuancée, on rejette avec une étiquette simpliste toute forme de critique. L’ancien président américain Donald Trump a, à cet égard, ouvert la voie : la critique émane de ceux qu’il qualifie d’« establishment ». Le fait qu’il en fasse lui-même partie n’est qu’un détail sans importance.

Cette vision présente à tort l’élite comme si elle avait une volonté uniforme, défendait un point de vue unique et pouvait influencer la société en ce sens. C’est tout le contraire : les scientifiques, les juristes, les organisations professionnelles et d’autres acteurs représentent souvent des points de vue divergents et enrichissent le débat démocratique. L’élite puissante telle que la décrit Overmeer n’existe pas, sauf dans les théories du complot.

Une expertise approfondie

Je ne sais pas de quel pays parle Jeroen Overmeer, mais en tout cas pas du nôtre. Je ne vois en tout cas pas l’élite de Jeroen Overmeer parler d’« incompétents, de profiteurs ou d’égocentriques narcissiques ».

Les critiques formulées par les éditorialistes, les chefs d’entreprise, les professeurs et les représentants d’organisations de la société civile sont généralement nuancées, souvent constructives et s’appuient le plus souvent sur une expertise approfondie. Elles ne visent pas tant les politiciens que les initiatives politiques – ou leur absence –, ainsi que le fonctionnement de nos institutions démocratiques.

Est-ce du populisme élitiste que de remettre en question la vitalité de notre démocratie et de dénoncer l’extension malsaine du rôle du pouvoir exécutif, au détriment des parlements ? Est-ce du populisme élitiste lorsque des organisations professionnelles ou des syndicats évaluent de manière critique des initiatives législatives sur la base de l’expertise qu’elles ont acquise dans leur secteur ? Est-ce du populisme élitiste que de rappeler aux responsables politiques l’importance de l’État de droit et des valeurs sur lesquelles repose notre société ? Est-ce du populisme élitiste que des juristes soulignent la dégradation de la qualité des textes législatifs, censés garantir la sécurité juridique ? Est-ce du populisme élitiste que des médecins dénoncent les problèmes du système de santé ?

De telles critiques ne peuvent que servir l’intérêt général et la dynamique démocratique. Si les responsables politiques s’en trouvent offensés, c’est peut-être qu’ils ne sont pas à leur place.

Une voie dangereuse

Dans une démocratie saine, un grand nombre de citoyens s’implique dans la vie politique et la rotation des représentants politiques est importante. En Belgique, la politique est souvent une carrière à temps plein et à vie, de sorte que la rotation est quasi inexistante et que le monde politique fonctionne souvent comme un écosystème fermé. C’est pourquoi la critique extérieure est cruciale.

La balayer d’un revers de main en la qualifiant de « populisme élitiste » ne peut que nuire davantage à la démocratie. Pire encore, cela donne l’impression que l’enseignement supérieur, la formation et l’expertise sont répréhensibles. Que les intellectuels sont éloignés des besoins quotidiens des citoyens et qu’ils ne servent pas l’intérêt général lorsqu’ils adoptent une posture critique, mais agissent comme une caste puissante. Une telle forme de polarisation est une voie dangereuse où, comme nous l’enseigne l’histoire du XXe siècle, le précipice n’est jamais loin.

Version originale (néerlandaise) du texte disponible ici : https://www.tijd.be/opinie/algemeen/elitair-populisme-kritiek-is-net-gezond-voor-een-democratie/10536492.html