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Médaille d'argent pour Bachir Abdi ou de l'importance de donner aux demandeurs d'asile une chance

Médaille d'argent pour Bachir Abdi ou de l'importance de donner aux demandeurs d'asile une chance

10.08.2024

Lorsque j'étais jeune avocat-stagiaire, nous devions, tout au long de notre stage, faire 30 dossiers pro deo. Les "anciens", ceux qui étaient passés par là peu de temps avant nous, recommandaient - non sans une certaine forme de cynisme- de prendre surtout des dossiers de demandes d'asile car ces affaires-là "allaient vite et prenaient peu de temps". Après avoir eu deux affaires de demande d'asile, j'étais arrivé à la conclusion que ce n'était pas fait pour moi et j'ai commencé à me tourner vers les affaires civiles.

Jusqu'au jour où, ayant été absent à une réunion de colonne, j'ai été désigné pour représenter une réfugiée somalienne.

Son récit, sincère, m'a durablement bouleversé. Je n'étais pas préparé à une telle violence. Personne ne m'avait préparé à cela. C'est le jour où j'ai décidé de faire quelque chose qui était, à l'époque, inhabituel pour les dossiers de demande d'asile, à savoir consacrer du temps, beaucoup de temps, à cette affaire. Je me suis donc plongé dans la documentation sur la situation en Somalie (grâce au centre de documentation Amnesty International dont l'importance ne saurait être sous-estimé à une époque où nous n'avions pas encore internet à la portée d'un clic), j'ai fait procéder à un examen médical détaillé de toutes les blessures physiques qui lui ont été infligées et je l'ai représenté jusqu'au bout du parcours, soit le moment où le Conseil d'Etat nous a, finalement, donné raison et où elle a obtenu le statut de réfugiée au sens de la Convention de Genève de 1951. Entre-temps, le bouche à oreille ayant fonctionné, d'autres réfugiées somaliennes - souvent avec leurs petits enfants - sont venues me trouver, de sorte que, au bout de deux ans, je m'étais, malgré moi, spécialisé dans ces affaires, à côté de ma pratique quotidienne du droit de l'insolvabilité dans un grand cabinet d'affaires.

Pendant ces quelques années, je me suis battu contre les très nombreux préjugés ("oui mais, l'excision c'est culturel là-bas" etc.), contre des procédures tantôt inéquitables, tantôt viciées et pour une application correcte des critères de la Convention de Genève. Plus que de simples affaires, c'était un engagement personnel, un combat pour un monde plus juste et plus humain qui m'apparaissaient, dans ce contexte, comme une nécessité. Il va sans dire que cette expérience m'a durablement marqué.

Quel plaisir donc de voir aujourd'hui, Bachir Abdi, réfugié somalien qui a du fuir avec ses parents la Somalie lorsqu'il avait 6 ans, remporter pour la Belgique une médaille d'argent au marathon des jeux olympiques de Paris ! Quel parcours incroyable pour cet athlète. Bravo à lui et que son exemple puisse être aussi être une piqure de rappel de l'importance de donner aux demandeurs d'asile leur chance.

JO 2024 – Marathon : Bashir Abdi termine 2ème et offre une nouvelle médaille à la Belgique
Pour l’épreuve mythique du marathon, le Belge Bashir Abdi s’est bien battu pour finir à la deuxième place.